De la force des mots.
- Marianne

- 3 mars
- 2 min de lecture
J'ai plutôt une communication directe. J'aime bien appeler un chat un chat, sans trop tergiverser, ni tourner autour du pot.
Parfois c'est un atout : face aux personnes qui viennent me voir, ça permet en général de libérer la parole et de ne pas se restreindre lorsqu'il y a des sujets dits "tabous". Quand l'état des lieux est clair, ça permet un conseil et un soin de qualité, la personne repart avec les infos adaptées à sa situation et une plus grande liberté pour faire ses choix de vie.
C'est quelque chose en quoi je crois profondément.
Parfois c'est un défaut, parce qu'il faudrait que je sois moins directe, plus diplomate et dans une forme de manœuvre stratégique qui servirait davantage mon propos.
Bref, aujourd'hui c'est ainsi. Demain peut-être, j'arrondirai mes angles.
Pourtant, il y a des moments où je trouve vraiment nécessaire d'être prudents dans les mots que l'on emploie. Car pour peu que l'on ait une forme d'autorité, même minime, aux yeux de notre interlocuteur, on peut le consoler, l'encourager... ou l'abattre.
Ainsi, quand un médecin parle à son patient avec des mots définitifs, il peut annihiler chez celui-ci, la foi, l'espérance, l'envie de se battre, la capacité à relativiser ou à prendre un jour à la fois. Il peut faire monter l'angoisse, l'urgence, le désespoir, l'abandon.
C'est une forme de pouvoir. Et mon ancienne collègue, Priméla, dit toujours "qui dit grand pouvoir, dit grande responsabilité".
Surtout en ce qui concerne la santé. Parfois d'un médecin à l'autre, le discours est différent, le traitement proposé aussi. Et puis la recherche évolue. Vite. Combien de fois les recommandations changent-elles en quelques années ? Laissant une porte ouverte là où on pensait que c'était perdu.
Lorsque l'on a la responsabilité d'informer, d'accompagner ou d'agir, peut-on dire qu'il n'y a "plus rien à faire" ?
Je crois que, que ce soit dans nos métiers de soins, de conseil et d'écoute, ou dans nos vies personnelles auprès de nos familles, nous nous devons d'adopter cette saine prudence de ne pas condamner, ne pas rendre les choses définitives dans l'imaginaire de l'autre, de lui permettre de conserver une fenêtre d'espoir qui éclaire la situation, aussi complexe soit-elle.
Si nous touchons nos propres limites, il peut simplement être temps de passer le relais, orienter vers quelqu'un d'autre, prendre un avis complémentaire... Nous aussi, qui conseillons, nous avons nos propres filtres et expériences, qui peuvent limiter notre champs de conscience.
Et souvent, je vous invite à "prendre les infos", puis à décider en conscience, par vous-même. Ne pas remettre son pouvoir à autrui, être alerte sur ce que l'on ressent dans son corps, dans ses tripes, dans son cœur, ne pas laisser l'autre (ou la situation!) décider pour soi, quand bien même cet autre porte une blouse blanche, un titre de thérapeute ou tient un rôle de parent.
Retrouver sa conscience, sa confiance, pour décider de la couleur de ses lendemains.
On ne choisit pas les cartes qui nous sont distribuées. Mais avec un jeu donné, chacun peut faire une partie différente.
"Un mot sincère peut relever un cœur fatigué" (Fabienne Catelin)
Marianne,
Sous le mood de la pleine lune en vierge éclipsée...

Commentaires